L’ENVIRONNEMENT CRÉATIF.

 

Cette Europe du Moyen Age a créé beaucoup plus d’innovations qu’on ne le croit en général, en architecture avec les cathédrales, dans la vie de tous les jours avec les lunettes et une infinité de choses que vous découvrirez dans « la révolution industrielle du moyen âge » Jean Gimpel-Editions du seuil, c’est passionnant. Arrêtons nous sur ces deux exemples :  Pendant cette période du 12éme Siècle à la fin du 14éme, dans la moitié Nord de la France, on a sorti plus de pierre de taille pour faire les châteaux, églises, hôtels particuliers qu’en Égypte pendant 3000 ans.
L’invention des lunettes au 13èmé Siècle revendiquée par les vénitiens, a permis de doubler la durée de vie professionnelle efficace des intellectuels, qui commençait à la fin des études et se terminait avec l’apparition de la presbytie.

 

A cette époque, les étudiants européens allaient dans les grandes universités de la Sorbonne à Paris, à Bologne, Oxford, Parme etc.. et avaient une langue commune le latin. La mondialisation du savoir existait déjà, et les étudiants de l’époque étaient tout aussi remuants que ceux de la Silicon Valley d’aujourd’hui.

 

Et puis une explosion s’est produite, partant de Florence en Italie au milieu du 15éme Siècle, et s’étendant rapidement à toute l’Europe. Le souffle de l’explosion a fini par atteindre le monde entier. C’était l’explosion de la créativité et de l’innovation, qu’on a appelé la Renaissance.

 

Les historiens citent plusieurs causes probables et complémentaires :

 

L’invention de la production en série de livres par Gutenberg autour de 1450 (l’imprimerie, ce sont le Chinois qui l’ont inventée plusieurs siècles auparavant). Elle a permis une large diffusion du savoir et notamment de la Bible, ce qui a généré le Luthérianisme et le Calvinisme. Si je sais, je peux contester.

 

Simultanément  la prise de Constantinople par les turcs musulmans, a chassé vers l’Italie un grand nombre d’intellectuels grecs, avec leur ouvrages antiques et leur «sale» esprit de contestation et leur curieuse habitude de tout passer par la moulinette du raisonnement et de la logique. Ingrédients qui avaient permis l’éclosion de l’art, des mathématiques, de la philosophie, des découvertes innombrables des grecs anciens qu’ils nous ramenaient en Europe de l’Ouest. Pour eux on pouvait tout contester, transgresser, dans la liberté de penser, naissance de l’individualisme (ne pas confondre avec égoïsme) : JE pense, JE suis responsable de ce que je fais, JE décide de ma vie.

 

Il y avait également en Italie l’existence de villes-états en perpétuelle concurrence, notamment dans l’art, et comme vous le savez la concurrence est un puissant moteur de l’innovation.

 

Et enfin était apparue, dans toute l’Europe, une nouvelle classe sociale, les bourgeois (habitants des bourgs) qui réussissaient professionnellement et s’enrichissaient non par leur naissance comme les nobles, mais par leur travail et leur talent, et ne devant rien à personne, exigeaient la liberté de penser, de créer, d’innover, ferments de la Révolution Française.

 

Les hommes de la Renaissance n’étaient pas plus intelligents que ceux du Moyen Age, ce qui a changé c’est la création fortuite d’un environnement propice à l’innovation, pour la seconde fois dans l’histoire de l’humanité (la première s’est produite chez Périclès 20 Siècles plus tôt).

 

J’ai travaillé 12 ans dans un très grand chantier naval, où les patrons étaient des imbéciles profonds (j’assume.) Le slogan du big boss était «il faut diviser pour régner», imaginez l’ambiance !

 

Et près de 20 ans dans cette entreprise que j’ai dirigé, dont le slogan était «aimez vous les uns les autres, soyez tous des patrons responsables de vos actes, et créez, et mieux vaut se planter que de ne rien tenter», et si je vois une peau de banane, le responsable se fait virer. La production de brevets par personne et par an était 2000 fois supérieure dans cette seconde entreprise.

 

La différence c’est la création d’un environnement propice à l’épanouissement et à l’innovation.

 

Un jour qu’un ouvrier avait proposé et réalisé une belle petite innovation pour améliorer son boulot, je lui ai proposé une prime. Il a refusé, le prenant de très haut, et m’a vertement remis à ma place. Que j’ai été content ! Il avait innové par amour de son job et de son entreprise et pas pour l’argent.

 

J’ai eu des tas de formations sur le management, où on nous apprenait, comment monter des boites à idées, des systèmes de primes, des méthodes d’évaluation et de concours. Mon Dieu quel aveu d’échec !

 

Le sommet de la bêtise c’est ce grand patron qui a organisé un concours d’innovation en envoyant ces affiches avec obligation de les placarder dans toutes les usines. Il fallait envoyer ses idées directement à son secrétariat, et le lauréat gagnait une voiture. (C’est moi qui ai ajouté le bandeau et retiré le nom du groupe pour éviter d’être attaqué en justice, bien que les faits soient prescrits.)

 

Une délégation est venue voir la direction du site menaçant de faire grève, car ils estimaient être insultés par cette affiche.

 

Il parait qu’elle avait ensuite été très utile pour l’entrainement au jeu de fléchettes, bien que ce ne soit pas sa destination première.

 

On innove par amour, pas pour de l’argent, pas par contrainte.

 

 Avez-vous entendu parler d’un révolutionnaire-innovateur nommé Jésus de Nazareth ?

 

Sa parabole du semeur vous apprendra qu’il est inutile de semer vos innovations dans un environnement qui n’est pas propice.

 

Sa parabole des talents vous apprendra que peu importe vos talents, vos diplômes prestigieux, votre brillante intelligence, c’est ce que vous en faites qui compte.

 

Alors si voulez devenir un innovateur fécond, et que vous vous rendrez compte que l’environnement de votre entreprise n’est pas adapté, ou vous en devenez le patron pour tout changer, ou vous partez et je vous autorise à faire un immense bras d’honneur.

 

Facile à dire … moi je l’ai fait en quittant l’entreprise dans laquelle je travaillais au bout de 14 mois, le mode de management ne me convenant pas. Ou dans l’entreprise suivante en devenant le vrai patron après avoir viré le Directeur Technique puis le Directeur Commercial (non mais !).