LE DUBIXIUM.

 

Les Centres d’Aide par le Travail, comme les Ateliers Protégés sont des associations qui donnent du travail à des handicapés mentaux. L’activité de l’association permet de compléter le salaire des handicapés, pour atteindre un SMIC, de payer l’encadrement, les investissements et le fonctionnement. Souvent les travailleurs handicapés sont logés sur place, et des CAT avaient installés une petite blanchisserie pour leur propre usage. Nous les connaissions bien puisque nous étions un de leurs fournisseurs.
C’est un de nos concessionnaires qui a eu l’idée d’organiser un diner à Paris entre le président national des CAT et AP et moi. Il m’a fait part de son besoin de trouver de nouveaux métiers pour ses centres, aussi je lui ai proposé de développer les formations, conseil, organisation, machines spéciales pour qu’ils puissent créer des petites blanchisseries commerciales venant se substituer aux petits blanchisseurs tués ou absorbés par les grands groupes. Nous avons fait des formations gratuites à l’usine pour l’encadrement, mis au point et offert de multiples outils de gestion adaptés à leurs problèmes. Notre service audit-formation a créé des formations spécifiques pour les travailleurs handicapés, et nous avons développés des machines plus faciles d’emploi. En 10 ans nous avons créés 750 blanchisseries de CAT rien qu’en France, ils nous ont dit que cela faisait travailler plus de 10.000 handicapés. Cela a représenté jusqu’à 30% de nos ventes en France.

Ceci est typiquement la création d’un nouveau métier. Si vous ne voulez pas vous battre contre la concurrence, créez un nouveau métier et mettez des barrières à l’entrée.

Là l’innovation est plutôt une innovation de groupe, l’étincelle est venue d'un concessionnaire en Normandie, mais tout de suite toute l’équipe a suivi, commercial, marketing, audit-formation, bureau d’études, laboratoire, atelier, chacun apportant ses propres innovations. C’est là où on voit qu’une équipe soudée, complémentaire, où les gens communiquent, se parlent et en un mot, s’aiment, a un réel pouvoir d’innovation collective.
Combien de CAT j’ai pu visiter ? Je vais vous faire un aveu,
ces pauvres gens que l’on dit handicapés, sont infiniment sympathiques, parfois plus que ceux qui ne sont pas officiellement déclarés comme tels (là je pense à certains de mes patrons).

Un gros problème se posait avec les machines à sécher-repasser qui sont soit des énormes bécanes entièrement automatiques au prix de ouf, soit des petites machines à l’encombrement et au prix raisonnable, mais la gestion de la température du cylindre en est tellement difficile que ce n’est pas à la portée des handicapés.

Les machines à sécher-repasser ont depuis toujours ce défaut majeur.  Grosso modo une telle machine c’est un gros tube de 3,2 m de long pour 0,5m de diamètre, avec un chauffage dans le tube fait d’une rampe à gaz ou de résistances électriques. Et on sèche-repasse en passant le drap entre des rouleaux et ce tube chauffé à 180°C. Le problème majeur est que le tube est chauffé sur toute sa largeur, et refroidi par le passage du drap humide à l’endroit où le drap passe. Les zones où le drap n’est pas passé surchauffent brulant le drap suivant tandis que les zones où le drap est passé plusieurs fois deviennent trop froides et le drap ressort humide. C’est un casse tête à gérer pour les gentilles dames blanchisseuses, et impossible pour les handicapés. Pendant des années, on a cherché à améliorer le processus par des capteurs et des chauffages par zones ou autres procédés sans jamais trouver de solution satisfaisante.

 

Ce problème m’a hanté pendant (à temps partiel) près de 10 ans.

 

Un jour en revenant de Londres en avion, après avoir lu un article sur les trithérapies contre le sida où plusieurs éléments concouraient au résultat, je me suis assoupi, et au réveil l’étincelle est apparue.  Faire des couches complémentaires, 2 cylindres coaxiaux avec entre les deux un film d’huile qui transmettrait la chaleur du cylindre intérieur au cylindre extérieur, et qui par ses déplacements répartirait la température sur toute la longueur.

 

Le bureau d’études a mis un an à concevoir le produit … qui était impossible à fabriquer. Car il fallait 2 tubes parfaitement ronds, parfaitement droits, d’épaisseur constante pour avoir un espace entre les deux de 4+-2mm. Et ça personne au monde ne savait le faire, car à priori un tube en acier est conçu pour transporter un fluide et non pour repasser du linge ; avec nos tubes achetés chez des fabricants de tubes nous faisions clairement du détournement d’usage.

Nous avons pris un gros risque en achetant les machines outils que les fabricants de tube utilisaient, en pariant que nous arriverions à les modifier pour correspondre à notre besoin. Le bureau d’études et l’atelier ont dû produire une quantité invraisemblable d’innovations et de savoirs faire spécifiques pour réussir.

 

Le résultat a dépassé toutes nos espérances puisque la sécheuse-repasseuse au Dubixium non seulement se conduisait totalement automatiquement mais aussi produisait 25% de plus pour la même consommation d’énergie.

 

Je vous suggère aussi la vidéo officielle sur le Dubixium.

 

Et le DIAMMS une autre innovation due à notre génial patron de bureau d’études, complément parfait du Dubixium.

 

Et la petite machine qui sait tout faire, régal des handicapés.

 

La touche finale de cette fantastique innovation a été son nom, sous la pression du groupe nous perdions notre nom DUBIX pour Electrolux Laundry Systems France, et le choix du nom DUBIXIUM nous permettait de conserver un bout de nos racines.

 

C’était il y a 20 ans, le brevet va tomber dans le domaine public, tous les concurrents vont se ruer dessus, et découvrir que c’est infabricable, bonne chance les gars, amusez vous bien !

Enfin comme il y a beaucoup de savoir faire d’atelier, on ne peut pas en délocaliser la production.