INSTITUT D’ADMINISTRATION DES ENTREPRISES.

Aix en Provence - DESS Gestion d’entreprise.

Sujet de fin d’études Cyril Grandpierre Avril 1986.

SUJET imposé : Exemple de stratégie d’un de vos concurrents. Éléments de comparaison avec celle de votre entreprise.

STRATÉGIE EN CONSTRUCTION NAVALE :

-La stratégie du groupe japonais IHI et de son établissement de AIOI.

-Comparaison avec l’établissement de La Ciotat du groupe Français Normed.

-Étude des courbes d’expérience.

-La stratégie de l’apprentissage.

-La structure organisationnelle.


un navire !

Un navire n'est pas un objet ordinaire :
1-il ne subit pas de droit de douane, car il n'est pas importé dans un pays étranger.
2-C'est un support de biens manufacturés à haute valeur ajoutée, les approvisionnements représentant 50 à 75% de la valeur. Et ces biens exportés ne sont pas soumis à des droits de douane.

3-Le transport vers le lieu d'utilisation, non seulement ne coute rien, mais peut rapporter si on trouve un premier affrètement.

Et puis ... il n'y a rien de plus grand et de plus fascinant.


HISTOIRE DU GROUPE IHI.

En 1853, après 2 siècles d’isolement, le Japon reçoit la visite peu amicale du Major Américain PERRY et ses canonnières.

Réveil brutal pour nos fabricants de jonques qui se trouvent confrontés à une technologie d’un autre monde.

Réveil brutal, mais rapide.

La même année est fondé le chantier d’HISHIKAWAJIMA, dans une petite ile de la baie de Tokyo. Premier chantier japonais prêt à développer une technologie de type occidentale.

Trois ans plus tard est lancé le premier navire ressemblant à un navire européen, et ceci dans la vieille structure féodale japonaise, la révolution MEIJI n’intervenant que 10 ans plus tard.

Le manque d’arrière pays industriel force le chantier à produire ses propres chaudières, machines, grues.

Début d’une diversification qui l’amènera à fabriquer des ponts, turbines, équipements d’industrie lourde etc…

Un siècle plus tard Ishikawajima Shipyard n’est encore qu’un petit chantier naval, mais diversifié, et à la technologie moderne.

Se produit alors un boom de la construction navale mondiale. Ils saisissent cette opportunité en se « mariant » avec la vieux chantier Harima de Aïoi, pour devenir :
Ishikawajima Harima heavy Industries = IHI (Fig-1)

Continuant dans sa rapide croissance en construction navale, IHI fonde en 1964 un nouveau chantier à Yokohama, puis la même année absorbe le moderne chantier de Nagoya.

En 1968, c’est au tour du vieux chantier de KURE d’être absorbé.

Enfin en 1973, à côté de Nagoya, est construit le chantier d’AICHI, le plus moderne de tous.

Le boom 1 du trafic maritime a généré un boom 2 de la construction navale, qui a généré un boom 3 de la construction de chantiers navals. Lorsque le boom 1 s’est ralentit, ce qui était tout de même prévisible, il y avait des commandes pour plusieurs années qui ne correspondaient plus à des besoins mais à une extrapolation des besoins et une spéculation. D’où des annulations de commandes, faillites d’armateurs, faillites de chantiers navals, pendant que de nouveaux chantiers finissaient de se créer (Fig.2). Car le temps n’est pas le même : un affrètement se compte en mois, une construction de navire en 2 ou 3 ans, et une construction de chantier en une dizaine d’années.

La réponse d’IHI à ce nouveau contexte s’exprime en une double stratégie dans le naval :

 

1-Désengagement et diversification.

 

2-Diminution des coûts sans investissements lourds pour que le naval reste bénéficiaire et finance le repli.

 

Dans les 10 années qui suivent, leur effectif en construction navale passèrent de 18.000 à 8.500 personnes (Fig-3) en développant un nombre comparable d’emplois dans d’autres secteurs (Fig-4).

 

Au lieu de diminuer l’activité de chacun des sites, comme nous l’avons fait en France, ils conservèrent la pleine charge sur un nombre de plus en plus limité de chantiers. Ils ne gardèrent que les vieux chantiers, diversifiant ou fermant les établissements modernes (Fig-4).

Il ne reste ce jour que 3 chantiers de construction navale.

 Celui de Tokyo, l'ancien Hishikawajima, non visitable car dédié à la construction militaire.

Peut on en conclure que ces choix ont été faits pour des raisons d’efficacité industrielle, et pas de politique politicienne court termiste ?.

 

KURE

KURE est une grande ville industrielle jouxtant HIROSHIMA. Son chantier militaire fondé en 1886 s’enorgueillit d’avoir construit le YAMATO, le plus gros cuirassé du monde.

Après la guerre il a été transformé par les américains en chantier civil et est à l’origine de la construction navale japonaise (prochain chapitre).

Avec ses deux formes de 340x66m et de 510x80m et ses immenses ateliers, ce chantier est devenu une usine à construire les VLCC (pétroliers géants) en série. Il est destiné à disparaitre lorsque le boom des pétroliers géants sera terminé.

 

AIOI

Le chantier de Harima, second plus vieux chantier du groupe. Fondé en 1907 au fond d’une espèce de fjord, c'est la seule industrie de la petite ville d’Aïoi (à l’Est de Kobé). Ce Chantier occupe 5.000 personnes, dont 2.000 en construction navale, plus quelques milliers d’employés des sous traitants, des 40.000 habitants de la ville.

Aïoi produit toutes sortes de navires simples : vraquiers, porte-conteneurs, pétroliers, mais aussi des navires sophistiqués GPL, car ferries, etc…

Il dispose d’une forme de 290x60m, permettant de construire des pétroliers de 180.000 tonne, et d’une cale de taille comparable. Ce qui lui permet de construire 12 à 15 navires par an, soit de l’ordre de 100.000 tonnes de coques métallique, comme La Ciotat.

Ses effectifs, sa capacité, sa position de mono-industrie dans la ville, son appartenance à un grand groupe, en font le chantier le plus comparable  au Chantier de La Ciotat.   C’est pourquoi j’ai choisi de comparer la stratégie d’I.H.I. en général et de l’établissement d’ Aïoi en particulier, à celle du groupe français NORMED et de son établissement de La Ciotat, dans lequel je travaille depuis 12 ans.  

Ces très vieux chantiers sont décrits dans une publication au comité de la marine marchande du Congrès des États Unis comme suit : « En 1976, après des visites en Europe et au Japon, nous avons conclu que le système de construction navale I.H.I. était le plus développé au monde et considéré comme tel par les autres constructeurs au Japon. De plus nous avons découvert que le système de construction navale se développait et était constamment amélioré dans les 3 chantiers navals d’avant guerre de IHI à savoir Kure, Aïoi, et Tokyo. »(histoire des méthodes modernes de construction de navires : l’échange États Unis-Japon- LD et RD Chirillo.). C’est très intéressant de constater que ce sont les plus vieux chantiers qui sont les plus efficaces, car ils ont accumulés de l’expérience, nous y reviendrons.