N’avez-vous jamais eu d’échecs ?

 “Vous nous avez raconté des histoires de réussites, mais n’avez-vous jamais eu d’échecs ?“ me demandait, un peu agressive, une jeune stagiaire.


J’ai commencé ma vie professionnelle par un cuisant échec.

J’étais étudiant à Nantes, quand j’ai déposé mon premier brevet, puis créé la Société Pilotec pour l’exploiter.

On m’avait très judicieusement conseillé de faire un business plan minimum de survie, et de tout arrêter si je ne l’atteignais pas, et ainsi d’éviter qu’un échec ne se transforme en catastrophe.

C’est comme ça qu’au bout d’un an j’ai vendu le brevet pour le montant de mes dettes et ai pu tout arrêter sans faire de casse.

Je n’y ai rien gagné sauf une grande expérience.

La morale de cette histoire est que l’échec est le marchepied de la réussite.

 

20 ans plus tard ...Quelque temps après le départ de mon prédécesseur, son assistante, qui était devenue la mienne, m’a annoncé qu’elle ne m’aimait pas car je me trompais trop souvent dans ce que j’entreprenais.

“Et mon prédécesseur ?“

“Lui ne se trompait pas“

“Mais qu’a-t-il entrepris ? a part mener son entreprise au bord du dépôt de bilan ?“

“Rien, c’est bien pour ça qu’il ne se trompait pas“.

Puis elle m’a annoncé qu’elle était enceinte, et avait un arrêt maladie. On ne l’a plus jamais revue.

 

L’assistante de direction est un personnage clef, j’ai donc lancé une embauche.

Isabelle avait été l’assistante d’un grand patron et avait le dynamisme, le mental et les compétences nécessaires. Quand j’ai voulu continuer l’entretien en anglais, elle m’a avoué en être incapable.

Désolé nous faisons partie d’un groupe étranger, une bonne pratique de l’anglais est indispensable.

Deux mois plus tard, n’ayant trouvé personne à la hauteur des enjeux, j’ai relancé le processus d’embauche.

Isabelle est revenue se présenter. “Et l’anglais ?“

“No problem, now I speak fluent English“

“How did you do ?“.

Je suis allée aux cours MachinChose“.

Coup de tel immédiat au directeur que je connaissais bien.

“Oui elle est venue tous les soirs, tous les week ends, elle a travaillé jour et nuit“

“Mais pourquoi avez-vous fait ça ?“

“Pour être embauchée chez vous“

“Ok vous signez là“

J’aime bien que chacun soit patron de quelque chose, ainsi Isabelle est devenue, entre autre, patron du téléphone.

Un jour elle a été convoquée au siège du groupe en France pour être informée du contrat que le groupe avait négocié avec Pamplemousse le N°1 français, et qu’elle était priée de faire appliquer chez nous.

Refus, car elle avait négocié avec le concurrent un contrat encore bien plus avantageux, et elle invitait le groupe à s’y associer.

Lorsque j’ai reçu l’ordre comminatoire de respecter les accords du groupe, ma réponse fut la même, c’était elle la patronne du téléphone et personne d’autre.

 

“Vous nous avez raconté des histoires de réussites, mais n’avez-vous jamais eu d’échecs ?“ me demandait, un peu agressive, une jeune stagiaire.

“Quand vous étiez bébé, combien de fois de fois êtes vous tombée avant de savoir marcher avec autant d’assurance et de grâce ?“.

 

Les échecs sont les moyens nécessaires de la réussite.